La Haute-Provence offre à l’admiration de ceux venant fouler son sol des paysages superbes parmi lesquels peut être citée la plaine de Mane qui se trouve en pays des quatre reines. Pourquoi cette appellation ? D’où vient cette référence monarchique ? L’histoire médiévale de la région en donne les réponses. Au XIIIe siècle, le comté provençal avait pour limites la rivière Durance au nord, la rivière Var à l’est, la Méditerranée au sud, le Rhône à l’ouest. Il appartenait au comte Raymond-Bérenger V de la Maison royale Aragon-Barcelone. Ce grand féodal a fait de la possession dont il était le maître un État souverain fort bien gouverné. De sa vie, les Provençaux d’aujourd’hui savent surtout qu’il a bien marié ses quatre filles : Marguerite (1221-1295) a eu pour mari le roi de France Louis IX dit Saint-Louis ; Eléonore (1223-1291) a été unie au roi d’Angleterre Henry III ; Sancie (1228-1261) a épousé Richard de Cornouailles, roi des Romains, frère cadet du souverain anglais Henry III ; Béatrix (1231-1267) a convolé en justes noces avec Charles Ier d'Anjou, dernier frère duroi de France Louis IX, désigné roi de Naples et de Sicile par la papauté. Mane, outre son site, donne à admirer quelques petites merveilles : - Sise dans la partie haute du village, l’austère Citadelle qui a traversé le temps et ses vicissitudes du XIIe siècle à nos jours ; - le Couvent des Minimes que le marquis Melchior de Forbin-Janson (1552-1627), propriétaire du fief, a fait édifier à partir de 1613 ; - la Fontaine de l’Hospice, construction monumentale du XXe siècle (1910) adossée à l’un des murs extérieurs de l’hôpital qui a malheureusement perdu, lors de la guerre 39/45, une partie de ses éléments d’époque ; - l’Église Saint-André (XVIe et XVIIe siècles) ; - la Chapelle des Pénitents Blancs (XVIIe siècle) ; - les rues caladées passant devant plusieurs maisons à l’architecture très intéressante. À la périphérie du bourg peut se visiter le Prieuré de Salagon dont les premiers vestiges sont du XIIe siècle. Ses jardins du Conservatoire ethnobotanique permettent de se documenter sur la flore du haut pays provençal. Lorsque visiteurs et voitures quittent Mane ils ont majoritairement l’objectif de poursuivre leur périple de découvertes par la RN 100 jusqu’à Apt, capitale des fruits confits. Il leur faut impérativement s’arrêter à environ trois kilomètres où, bien camouflé dans un environnement arboré, se dresse le Château de Sauvan, surnommé Le Petit Trianon Provençal, un des fleurons du patrimoine architectural de la région PACA. Sa construction date du XVIIIe siècle. Elle a été commandée par le marquis Joseph-Palamèdes de Forbin-Janson (1663-1728), très probablement associé, dans cette opération immobilière, à son frère Michel-François de Forbin-Janson, chevalier profès de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Dans un premier temps, pour concevoir leur belle demeure aristocratique de Mane, les Forbin-Janson ont fait appel, en 1714, à Pierre-Alexis Delamair (1675-1745), architecte de fort grande renommée, auquel ses projets novateurs pour Paris avaient apporté la célébrité. En la capitale du royaume français, ce maître constructeur avait fait réaliser deux superbes demeures : l'Hôtel de Rohan et l'Hôtel de Soubise édifiés de 1704 à 1709. Ces deux hôtels particuliers séparés par un jardin et bâtis dans le quartier du Marais, sont devenus biens de l'Etat en 1808. Napoléon 1er installa l'Imprimerie Nationale dans le premier et les Archives nationales dans le second. Depuis 1927, ils abritent tous deux les Archives nationales. Il est important de signaler ici que Pierre-Alexis Delamair a créé le style "Régence" avec l'architecte Robert de Cotte (1656-1735). Ce dernier était un élève de Jules-Hardoin Mansart dont il était le beau-frère et le principal collaborateur. Robert de Cotte avait été reçu à l'Académie royale d'architecture en 1687. En 1708, il était devenu le directeur de ladite institution et premier architecte de Louis XIV. Pour des raisons inconnues, les Forbin-Janson n'ont pas accepté le projet Delamair. L'ont-ils trouvé trop coûteux, ne correspondant pas à leurs desiderata ? Ils se sont alors tournés vers l'architecte comtadin Jean-Baptiste Franque, non moins brillant que ses homologues parisiens? On devait déjà à son talent l'Hôtel Salvador édifié à Avignon de 1706 à 1713. L'homme de l'art comtadin a réalisé les plans de Sauvan en 1717. Confiés au maître d'œuvre Guillaume Rollin, les travaux ont débuté en 1719. Ils n’ont pu, hélas, être conduits jusqu’à leur finition à cause du désastre humain et économique provoqué par l’épidémie de peste de 1720. Celle-ci a été amenée à Marseille par le Grand Saint-Antoine, un navire arrivé du Levant, porteur dans sa cargaison du bacille de la terrible maladie. Après deux siècles d’une existence austère, repliée sur elle-même, Sauvan est sorti de son isolement dans les années 1980. Il est revenu en pleine lumière grâce à ses propriétaires actuels qui ont mobilisé leurs ressources, leur courage, leur détermination pour mener à bien une sérieuse entreprise de restauration visant à lui rendre vie et beauté. Au cours de la visite du château, du rez-de-chaussée à l’étage, du salon de musique aux chambres du marquis et de la marquise, chacun effectue un voyage de deux heures dans les temps passés. Les aménagements, la décoration, le bon goût s’exprimant dans la présentation d’une multitude d’objets, dont la plupart feraient le bonheur des conservateurs de musées, tout est un vrai régal pour les yeux. Les extérieurs de Sauvan sont aussi soignés que l’est l’intérieur de la demeure. La pièce majeure en est la grande pièce d’eau à la surface de laquelle glissent tranquillement canards et cygnes. Dès le portail en fer forgé franchi, s’offrent aux regards admiratifs les parterres où déambulent les paons, les statues qui les ornent, les platanes à la hauteur impressionnante qui, en saison estivale, dispense généreusement la fraîcheur de leurs ombrages, la volière qui abrite des oiseaux d’origine diverse, l’abri où la basse-cour est enfermée chaque soir. Bientôt Sauvan s’enrichira de deux hectares de jardins à la française qu’il va être possible de ressusciter grâce aux plans du XVIIIe siècle, conservés fort heureusement dans les archives, et aux fouilles archéologiques réalisées en 2006 qui ont confirmé l’existence passée desdits jardins. Le Château de Sauvan est classé Monument Historique. En tant qu’élément patrimonial majeur du département des Alpes-de-Haute-Provence, il suscite l’intérêt des élus. Ceux-ci en apportent témoignage en subventionnant des dossiers de travaux. Son parc et ses jardins actuels ont reçu le label Jardin Remarquable. Ses propriétaires ont obtenu la distinction Meilleur Accueil. Pour les passionnés d’histoire, pour les fous de culture, pour les amoureux de beauté, voilà une visite à ne pas manquer. |
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